
Nous oublions trop souvent que nous partageons nos espaces urbains avec une multitude d’êtres vivants : animaux, végétaux, champignons et micro-organismes. La ville est en réalité un écosystème dans lequel l’être humain occupe une place importante.
Ainsi, il est légitime de s’interroger sur les principes fondamentaux qui permettent à une cité de se développer tout en respectant l’écosystème déjà présent.
Depuis plus de dix ans, l’Envoyé de Dieu faisait face à une opposition violente. C’est alors que les habitants de Yathrib — que Le Prophète ﷺ renommera Médine, « la Cité » — lui offrirent la possibilité de fonder le premier État guidé par les principes de l’islam. Médine deviendra dès lors un véritable modèle de cité idéale.
Dans cet article, j’aimerais évoquer les actions mises en place dans cette ville, afin de les relier aux problématiques écologiques de nos villes modernes, et d’en dégager également quelques principes fondamentaux.
- La paix : pilier central de cette nouvelle cité.
« Répandez la paix, nourrissez ceux qui ont faim, entretenez les liens familiaux, priez quand les autres dorment, vous entrerez au Paradis en paix. » (Rapporté par Ibn Mâjah et At-Tirmidhî)
Ce premier discours établit les fondements d’une cité harmonieuse. Et le premier de ces fondements est clairement l’invitation à « répandre la paix ».
Ce texte concerne-t-il seulement les relations entre les êtres humains, ou bien a-t-il une portée beaucoup plus large, incluant également la nature ? Au moment de cette révélation, les humains qui peuplaient ces terres hostiles, où l’eau et la nourriture sont rares, ne pouvaient que préserver la nature ; il ne pouvait en être autrement. Préserver la nature était donc une nécessité vitale.
Mais pour nous, habitants du XXIᵉ siècle, l’abondance à laquelle nous avons été habitués nous a fait oublier que tout nous vient de la nature et que la préserver est une nécessité. Notre vision matérialiste du monde a même fini par faire de la nature un ennemi. On se bat contre la nature sauvage en ville, contre les « mauvaises » herbes dans nos jardins, et l’on peste chaque matin contre le « sale temps ».
Faire la paix avec la nature est donc tout à fait d’actualité, et c’est peut-être là un message de l’Envoyé de Dieu destiné aux générations futures.
- Des principes sur la gestion des déchets
Le Messager de Dieu a encouragé les croyants à supprimer toute forme de pollution.
« Celui qui retire du chemin ce qui peut nuire aux passants, c’est pour lui une aumône. » (Sahih al-Bukhari)
« Évitez les trois actes qui appellent la malédiction : faire ses besoins dans les points d’eau, sur la route et à l’ombre. » (Sahih Muslim)
Cet enseignement invite à préserver la propreté de la cité, qu’il s’agisse des espaces urbains ou des milieux naturels, comme l’ombre des arbres ou les cours d’eau. Si l’on compare avec nos villes actuelles, nous constatons combien nous nous sommes éloignés de ce modèle prophétique.
Par exemple, le Nil est aujourd’hui l’un des fleuves les plus pollués d’Afrique, en grande partie à cause des rejets industriels et des eaux usées non traitées, souvent issus des zones urbaines. Ces pollutions affectent directement la santé des populations, menacent la faune aquatique et dégradent la qualité des cultures irriguées, compromettant ainsi la sécurité hydrique et alimentaire de l’Égypte.
Sans un retour urgent à ces recommandations prophétiques, il sera de plus en plus difficile d’assurer le bien-être des êtres humains et l’équilibre des écosystèmes dont nous dépendons tous.
- Des lois pour la faune
Dès son arrivée à Médine, Le Prophète ﷺ (PBSL) édicta une loi interdisant de chasser les animaux sauvages dans un rayon d’environ 6 km autour de la ville. (Sahih al-Bukhari, Sahih Muslim)
Cette règle a eu plusieurs effets positifs. Le premier a été d’éviter que des animaux soient abattus dans la ville, que du sang s’y répande, et d’empêcher ainsi la prolifération de maladies. Le second est que cette faune sauvage présente au sein de la ville a contribué positivement à l’hygiène de Médine, puisque les animaux consommaient certains déchets organiques et empêchaient leur pourrissement.
Indirectement, cette règle a également diminué progressivement l’utilisation des armes par les habitants et évité que des disputes ne puissent dégénérer en conflits.
Le Messager de Dieu (PBSL) a également énoncé des principes visant à conduire les gens à bien traiter leurs animaux domestiques. Il entra dans le jardin d’un médinois et il y avait dedans un chameau. Lorsqu’il a vu le Messager de Dieu (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui) il s’est attristé et a pleuré. Le Messager de Dieu (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui) est descendu de sa monture, a frotté les larmes du chameau et l’a calmé puis a dit : « Qui est le propriétaire de ce chameau ? » Un jeune médinois est venu et a dit : Moi ! Alors le Messager de Dieu a dit : « Ne vas-tu pas craindre Allah dans ces animaux qu’il a mis en ta possession ? Certes il s’est plaint de toi vers moi et prétend que tu l’affames et que tu lui fais porter des charges trop lourdes » (Rapporté par Ahmed)
Mais il nous donna également des recommandations pour ne pas perturber la faune sauvage. Lors d’un voyage, le Messager de Dieu s’absenta un moment. Une personne raconte que : « Nous avons vu un rouge gorge qui avait avec lui ses deux petits. Nous avons pris ses deux petits et le rouge gorge commença à voler très près au-dessus de nous ». Le Messager de Dieu est venu et a dit : « Qui a accablé cet oiseau en prenant ses petits ? Rendez-lui ses petits » (Rapporté par Abu Dawud)
- Des lois pour la végétation
Le Prophète ﷺ édicta une seconde règle qui interdisait, dans un rayon d’environ 20 km dans chaque direction, de couper ne serait-ce qu’un seul arbre, à l’exception d’une petite branche nécessaire pour mener un dromadaire. Pour délimiter cette zone, Le Prophète ﷺ envoya des personnes dans différentes directions, leur demandant de placer des indications claires sur des lieux précis.
Les études détaillées du centre de recherche de Médine ont permis de retrouver ces limites naturelles et ont montré qu’elles suivent approximativement les lignes de partage des eaux. Ainsi, toutes les zones recevant les pluies — les bassins versants de la ville — et dont les eaux se retrouvaient ensuite dans la vallée étaient concernées par cette interdiction, sur une surface totale d’environ 600 kilomètres carrés.
Cette approche est aujourd’hui bien connue et constitue même la base de tout projet de régénération des écosystèmes, ou de conservation des paysages : réfléchir à l’échelle des bassins versants et intégrer les arbres dans l’écosystème afin de faciliter l’infiltration des eaux pluviales et limiter l’érosion des sols.
Le Prophète ﷺ ﷺ a agi de la même manière à La Mecque, mais on rapporte que Le Prophète ﷺ Ibrahim avait déjà mis en place ce travail lors de son séjour dans cette ville. Par la suite, il a instauré une zone naturelle similaire à celle de Médine dans la ville de Taïf, située à environ 30 km de La Mecque. Cela montre clairement que ce mode de gestion de l’eau et des paysages doit être appliqué partout.
À travers l’exemple de Médine, Le Prophète ﷺ de l’Islam a voulu tracer la voie d’une ville dans laquelle les animaux sauvages et les végétaux auraient toute leur place.
- Rechercher l’autonomie alimentaire
Parallèlement, Le Prophète ﷺ a incité les habitants à cultiver la terre et à en prendre soin, notamment en plantant des arbres.
« À chaque fois qu’un musulman plante un arbre ou sème une graine, il lui est compté comme aumône tout ce qui sera mangé du produit de cette plante par un oiseau, un homme ou une bête, et ce jusqu’au Jour du Jugement. » (Sahih al-Bukhari, Sahih Muslim)
Outre le fait d’apporter de la nourriture ou des végétaux utiles (vannerie, bois de construction, etc.), ces arbres jouent également, comme nous l’avons dit plus haut, un rôle essentiel dans le cycle de l’eau : ils permettent d’améliorer la captation naturelle de l’eau, contribuent à accroître la fertilité des sols et à limiter les phénomènes d’érosion. C’est très probablement ce qui a dû se produire à Médine suite à ces recommandations prophétiques.
Le messager de Dieu participa lui-même à la plantation d’arbres. Salman Al Farissi nous rapporte le récit suivant : J’ai conclu un contrat d’affranchissement avec mon maître à la condition de planter cinq cents palmiers dattiers pour lui. Je serais libre lorsqu’ils porteraient leurs fruits. Je me suis rendu auprès du Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui) et lui ai fait part de cette condition. Le Prophète ﷺ (que la paix et les bénédictions soient sur lui) m’a dit : « Accepte cette condition et, lorsque tu auras l’intention de les planter, préviens-moi. » Je l’en ai donc informé. Le Prophète ﷺ (que la paix et les bénédictions soient sur lui) est venu et a commencé à planter les jeunes plants de ses propres mains, à l’exception d’un seul que j’ai planté moi-même. Tous les plants ont porté leurs fruits, sauf celui-ci. (Rapporté par Ahmad)
Parmi les autres règles mises en place par Le Prophète ﷺ figure également le principe selon lequel celui qui mettait en valeur une terre abandonnée en devenait propriétaire. Cette règle a permis de rendre la ville plus verte et d’offrir un véritable projet de réinsertion économique et sociale aux plus démunis, en leur permettant de devenir autonomes.
À cette époque, l’Arabie importait une part importante de sa nourriture. Le travail mis en place par Le Prophète ﷺ à Médine a permis à la ville de tendre vers l’autonomie alimentaire, et donc vers une plus grande sécurité pour ses habitants.
Ces derniers ont également été encouragés à expérimenter et à cultiver de nouvelles plantes, comme les céréales, ce qui a favorisé une diversification du régime alimentaire.
Conclusion
Tous ces exemples montrent comment le Prophète ﷺ nous invite à faire la paix avec la nature, même en milieu urbain : à la préserver, à étendre les espaces naturels, à développer les terres cultivées dans un objectif de sécurité alimentaire et à favoriser l’insertion des plus faibles dans la vie économique de la cité.
Aujourd’hui, nos villes croulent sous les déchets, les changements climatiques créent des pénuries d’eau, et notre alimentation, déconnectée de la nature, parcourt des milliers de kilomètres avant d’arriver dans nos assiettes. Les défis du XXIᵉ siècle sont immenses, mais nous avons avec nous ces belles recommandations prophétiques pour repenser et construire les villes de demain.


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