«C’est Lui qui dirige vos déplacements sur terre et sur mer. Et quand vous vous vous trouvez à bord d’un navire qui vogue au gré d’un vent favorable, ceux qui y sont embarqués s’en réjouissent. Mais qu’une tempête survienne, déchaînant contre eux les vagues de toutes parts et les mettant en péril, aussitôt ils se mettent à implorer Dieu avec la plus grande ferveur en disant : «Si tu nous sauves de ce péril, nous te vouerons une vive reconnaissance.
Mais dès que Dieu les sauve, ils se remettent à commettre des injustices sur terre…» (Sourate 10, versets 22 et 23)
Le Coran nous parle de ces gens qui perdus dans la mer en proie à la tempête invoquent Dieu pour être sauvés. Mais à peine sur terre, voilà qu’ils reviennent à leur mauvaises habitudes.
L’être humain a tendance à vite oublier. Et l’épisode de canicule que nous vivons en ce moment n’est qu’une des nombreuses illustrations.
Depuis le début des années 2000, voilà ce que nous vivons :
2003 : Canicule historique, d’une intensité sans précédent, devenue la référence en matière de vagues de chaleur en France.
2006 : Canicule exceptionnellement longue (19 jours).
2017 : Canicule précoce et très étendue, survenant dès le mois de juin.
2018 : Canicule intense, avec une forte surmortalité.
2019 : 2 canicules – Deux épisodes successifs, le premier fin juin-début juillet, le second fin juillet, marqués par des records de température.
2020 : 3 canicules – Trois vagues de chaleur, dont une particulièrement sévère dans le nord de la France.
2022 : 3 canicules – Trois épisodes intenses et prolongés, touchant une grande partie du territoire.
2023 : 4 canicules – Quatre épisodes, dont une canicule très longue et intense en août, suivie d’un épisode tardif en septembre.
2024 : 3 canicules – Trois épisodes, avec une canicule majeure de fin juillet à mi-août et deux épisodes plus localisés.
2025 : Canicule exceptionnelle, avec deux pics de chaleur et jusqu’à 14 départements en vigilance rouge.
2026 : Déjà deux canicules cette année ! 58 départements en vigilance rouge le 24 juin.
Or malgré toutes ces expériences douloureuses durant lesquelles nous subissons la souffrance, la fatigue, la maladie et même la mort, nous revenons indéniablement à nos mauvaises habitudes dès que la température diminue.
Or la plupart des scientifiques aujourd’hui établissent un lien de causalité très fort entre nos modes de vie et les canicules; Pour faire simple : notre agriculture, notre industrie, nos transports, … produisent des gaz à effet de serre qui conduisent à une modification du climat avec de nombreuses conséquences, dont l’augmentation des canicules.
D’ailleurs, entre 1950 et 1990, nos parents n’ont connu que 6 canicules dont deux vraiment intenses. Mais depuis 2003, nous en sommes déjà à 21 !

Alors est-ce que 2026 va enfin être l’année du changement ? Est ce que l’humanité va se réveiller, sortir de son amnésie et mettre en place les conditions d’une vie plus appaisée sur notre belle Terre ?
Mais que faire ? En réalité, nous avons tous des leviers d’action que ce soit à l’échelle individuelle, dans nos maisons, sur notre lieu de travail ou dans nos institutions.
Et avec ses plus de 2500 mosquées en France, la communauté musulmane peut jouer un rôle et être une partie importante de la solution.
Quels sont ces leviers ?
- Diminuer notre consommation d’énergie par de bons choix constructifs
Tout commence par la construction. Dans le choix des matériaux ou des systèmes, nous pouvons avoir un impact très important et pour deux raisons :
– Tous les matériaux ne produisent pas les mêmes quantités de gaz à effet de serre lors de leur fabrication et de leur transport
– Et une fois le bâtiment construit, tous ne réagissent pas de la même manière au froid et au chaud.
Voici juste deux exemples : Le béton émet environ 200 à 300 kg de CO2/m3. Pour une structure en bois-paille, la valeur est négative car le CO2 est stocké.
A Thizy-les-Bourgs, on ne peut que saluer cette magnifique initiative de la communauté qui construit actuellement une mosquée en bois paille, mais avec aussi une récupération des eaux de pluie pour les toilettes, et une réutilisation des eaux usées pour le jardin.
Qu’est ce que cela donne en termes d’économie d’énergie ? Une mesure a été faite en pleine canicule il y a quelques jours dans la métropole de Rennes dans une école faite en bois paille : 27°. La climatisation devient totalement inutile.
Dans le cas d’un projet de construction ou de rénovation, il serait donc pertinent de faire appel à des experts en écoconstruction afin d’envisager d’autres solutions permettant de limiter les consommations d’énergie et de choisir des matériaux ainsi que des systèmes ayant le plus faible impact possible sur le climat.
- Diminuer notre consommation d’énergie par de bonnes habitudes
De nombreuses solutions existent et sont bien documentées notamment sur le site de l’ADEME .
Pourquoi ne pas recruter et former dans chaque lieu de culte une équipe chargée de sensibiliser les fidèles et de mettre en place des actions concrètes ?
- Diminuer les températures en plantant des arbres
Sans rentrer dans la physiologie des arbres, la présence de végétaux sur un site permet de diminuer les températures et de favoriser l’apparition de véritables îlots de fraîcheur.
Que ce soit dans les projets de construction ou ceux déjà en activités, des projets de végétalisation peuvent être mis en place même en milieu très urbain. Et cerise sur le gâteau, ces espaces naturels pourraient être plantés par les fidèles ou les enfants de la mosquée afin de sensibiliser et créer du lien.
- Avoir une politique d’achats eco-responsables
Notre alimentation peut être une source importante de gaz à effet de serre, notamment lorsqu’elle est issue d’une agriculture conventionnelle très dépendante de la pétrochimie. Lors des repas organisés par les mosquées, il est possible de privilégier des produits locaux, de saison et issus de modes de production plus respectueux de l’environnement. Cela permettra en outre de créer du lien avec le monde paysan.
La fabrication des matériaux et des biens de consommation est aussi mise en cause dans les dérèglements climatiques. Dans tous nos achats, du papier aux couverts jetables, en passant par la décoration, les appareils électroniques, … Il serait bon à chaque achat de se poser quelques questions : Est ce vraiment un achat essentiel ? Est ce que je ne peux pas trouver un équivalent en seconde main ou alors même le fabriquer ? Et si vraiment je dois l’acheter, quel produit choisir pour avoir le plus faible impact sur la nature ?
- Diminuer les déchets
Les déchets sont eux aussi une source importante d’émissions de gaz à effet de serre que ce soit pour leur transport ou leur destruction. Réduire l’utilisation du plastique jetable, limiter le gaspillage ou encore améliorer le tri sont des actions simples qui peuvent être mises en place dans toutes les mosquées. Et pourquoi pas mettre un compost sur un des espaces verts pour diminuer la quantité de nos poubelles ?
- Optimiser les transports
Les transports constituent également une cause importante du réchauffement climatique. Peut être est-il est possible de favoriser le covoiturage, et de sensibiliser les fidèles afin de développer la marche ou le vélo lorsque cela est possible.?
Conclusion
Dans la construction ou la gestion d’une mosquée, chacun de nos choix peut avoir des répercussions sur notre environnement et favoriser des catastrophes climatiques comme les canicules que nous connaissons aujourd’hui.
Dans le contexte actuel, il me semble que tous les acteurs de la société doivent prendre cette question à bras-le-corps afin que les générations futures puissent vivre dans des conditions plus agréables sur notre planète. Dans ce contexte, il appartient aussi aux mosquées de prendre leur part dans cet effort collectif en faveur de la protection de la nature.

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